Spectacle Cendrillon de Joël Pommerat : le point de vue d’Olivier, membre de la compagnie

Quand Joël Pommerat revisite Cendrillon, la féérie se fait visuellement sublime. Plus qu’un spectacle, une expérience esthétique.

On m’avait beaucoup parlé du travail de Joël Pommerat, aussi était-ce avec une  certaine attente que je suis allé voir Cendrillon, sa dernière création. Ma curiosité de spectateur était alors à son comble. Eh bien ! Je dois avouer que je ne fus pas déçu. Ce fut tout simplement l’un des plus beaux moments de théâtre auquel il m’a été donné d’assister.

On croit connaître l’histoire de Cendrillon, mais quand Joël Pommerat s’empare de ce conte, c’est pour en faire jaillir toute la force et la leçon de vie qu’il contient. En y gommant toute mièvrerie, il réussit à réhabiliter le mythe de Perrault tout en modernité. Dans ce joli traitement de choc, Pommerat questionne tour à tour le rapport à la mort et à la mémoire, la recomposition des familles, la place du désir et  l’expérience de l’amour naissant. Et pourtant l’écriture de Pommerat, portée par une lumineuse poésie, ne tombe jamais dans la pure démonstration. Même s’il joue le décalage humoristique et s’amuse avec gourmandise des clichés du mythe, il cherche toujours à préserver le sens féérique de l’histoire originale. Une histoire qui continue de fasciner aussi bien les petits que les grands.

On est loin ici des carrosses dorés et des tulles pastel chers à Disney. On a affaire à une Cendrillon new-look et ultramoderne, ce qui permet à Pommerat de dresser toute une série de portraits au vitriol de nos contemporains. À commencer par la fée, néo-baba maladroite et foldingue, une fée immortelle en mal de mortalité. Puis vient la belle-mère d’une malveillante bêtise, obsédée par son physique, et poursuivie par ses deux filles, irrésistibles portraits d’adolescentes insupportables. Jusqu’au prince, oui un prince, mais un peu moins charmant que de coutume. Toute cette galerie de personnages, qui navigue entre hyperréalisme et cartoon, est remarquablement interprétée par les comédiens, impressionnants de justesse. Pommerat a choisi un jeu dénué de toute théâtralité, un jeu qui frappe par sa spontanéité, et qui désoriente l’oreille par l’apparente simplicité d’une langue tenue à l’essentiel, mais qui confère au théâtre quand même – et devrait-on dire surtout – sa puissance d’illusion.

Une puissance d’illusion à laquelle participe une scénographie réglée au millimètre près. La création lumière et vidéo d’Éric Soyer fait partie intégrante du travail visuel de Joël Pommerat. Car la lumière ici ne se surajoute pas à la mise en scène comme un simple effet d’embellissement, mais elle la constitue, au même titre que le texte ou que les corps des comédiens. C’est une lumière qui concrétise en des espaces vides des décors, des mouvements, voire des intentions, et qui acquiert ainsi la force suggestive d’un cadre de caméra au cinéma. On ne cherche pas là seulement à rendre visible, on cherche aussi à dissimuler. La beauté, pour exister, a besoin de voiles.

Olivier Gil