L’Armée des Silencieuses, par la Compagnie Rémanences.

 Le point de vue d’un spectateur.

Un spectacle intimiste et poignant en forme d’hommage à l’engagement des femmes de 1914.

On a souvent entendu parler de l’armée des hommes, positionnée sur la ligne de front, faite de bruit et de fureur, mais on évoque plus rarement les bataillons de femmes qui ont assuré l’intendance matérielle pendant toute la durée du conflit. Si certains ont voulu réduire trop vite leur effort de guerre au simple réconfort du soldat, le spectacle L’Armée des Silencieuses nous rappelle combien ces femmes étaient, elles aussi, engagées face à l’adversité. Et pour nombre d’entre elles, cet engagement passait aussi par la défense de leurs droits et de leur place dans la société.

Deux formidables comédiennes, Christine Bétourné et Marine Foutry, prêtent ici leur voix à ces femmes, célèbres ou anonymes, qui ont refusé cet état de choses, et qui se sont battues pour être reconnues comme citoyennes à part entière. Agricultrices, ouvrières, infirmières, ou même scientifiques de haut vol, qu’on se rappelle Marie Curie, toutes étaient réduites au silence par le Code civil, qui leur interdisait la parole dans les assemblées politiques et l’espace public. L’Armée des Silencieuse permet, par le truchement  d’un assemblage de textes officiels, d’articles de presse, ou de récits personnels, de retrouver avec émotion cette parole et de la rendre actuelle et vivante.

La mise en scène de Catherine Thibout-Leroux, précise et dénuée de tout artifice, s’attache à montrer et à faire entendre l’essentiel. Sans jamais tomber dans l’écueil d’un discours moralisateur et démonstratif, elle donne à voir au contraire le combat féministe de ces femmes avec énergie et humour. Et souvent le spectateur découvre la vie de ces militantes des premières heures tout en s’amusant beaucoup. Preuve que le théâtre peut être à la fois éducatif et divertissant.

 Pour finir, on peut mentionner la place de choix réservée aux déclarations édifiantes des autorités de l’époque qui, par la voix d’hommes politiques ou d’obscurs scientifiques, entérinaient la situation des femmes dans la société. Ainsi un certain Roger Lafagette, député de l’Ariège, prétendait que l’égalité politique entre homme et femme entraînerait à coup sûr un risque de stérilité. Argument scientifique à l’appui s’il vous plait ! Et Louis Martin, député du Var, de rappeler à ses compatriotes que les femmes ont effectivement des droits, car elles sont – on le cite – «des êtres humains raisonnables et libres». L’on croit rêver.

Olivier Gil