Et le rideau sur la scène s’est refermé (édito Catherine Thibout-Leroux)

Ce devait être le dernier COMEDIA, notre festival annuel de restitutions d’ateliers théâtre amateurs enfants et adultes, oui, le dernier. Cela devait se dérouler du 19 au 21 juin 2020 puis, pour les raisons que chacun connaît, du 30 octobre au 1er novembre avec ceux des participants qui avaient décidé d’aller jusqu’au terme de l’engagement pris en septembre 2019. Cela n’aura finalement pas lieu. Au terme de 15 années d’existence de la compagnie et de 14 ans d’animation d’ateliers d’expression théâtrale, je souhaite apporter quelques précisions au lecteur de cet article sur ce qui a motivé notre décision de clore l’activité ateliers proposée à Leers depuis 2006 et qui n’a rien à voir avec la Covid-19. Nos adhérents ont bien sûr été informés dès janvier de cette décision et la municipalité en mars.

Pour fonctionner dans la durée, une association artistique doit pouvoir s’appuyer sur plusieurs éléments :

  • Des moyens logistiques (locaux, matériels)
  • Une gouvernance fixant le cadre artistique, assumant responsabilités juridiques et budgétaires
  • Un bénévolat conséquent et local
  • Des moyens financiers
  • Des partenaires institutionnels ouvrant des perspectives sur un développement territorial indispensable pour le développement de l’association

Fondatrice du projet, j’avais également fixé pour ligne directrice l’accompagnement du projet par des professionnels du spectacle vivant pour situer l’action de l’association dans le cadre de l’éducation populaire à laquelle je suis très attachée. Pendant toutes ces années d’existence de la compagnie, j’ai à la fois assumé des responsabilités en tant que salariée, ayant choisi de me professionnaliser dans ce secteur en 2004, et également de manière bénévole, les moyens de l’association étant limités.

:-| Lorsqu’un seul des facteurs mentionnés ci-dessus est défaillant, on peut avec un esprit de responsabilité parer à la difficulté et poursuivre l’activité.

:-( Lorsque deux de ces facteurs sont défaillants, il faut ajouter à l’esprit de responsabilité, énergie et abnégation afin de poursuivre en gardant le cap fixé.

8-O Lorsque plus de deux facteurs sont défaillants, il faut remodeler le projet sous peine de le voir péricliter.

100 fois sur l’ouvrage tu remettras ton métier…

Le projet a été remodelé. Plusieurs fois. Des administrateurs se sont succédés, de nouvelles actions ont vu le jour, le nombre d’adhérents a régulièrement augmenté mais sans un accompagnement institutionnel fort et des moyens financiers solides, l’ensemble du projet s’est fragilisé. Nous avons longtemps travaillé et espéré, puis avec le temps, l’énergie et la patience des bénévoles se sont émoussées. Or on ne peut être sur tous les fronts à la fois, lorsqu’il faut à la fois fidéliser ses intervenants, « recruter » chaque année de nouveaux adhérents, mobiliser les bénévoles, modérer les impatiences légitimes des uns et des autres sur des choses aussi basiques que le respect des temps d’animation, l’attribution de créneaux fixes à nos manifestations publiques, etc. et parallèlement mener l’ensemble des missions professionnelles qu’implique la production, la création et la diffusion de spectacles.

La réalité est toujours complexe

Il ne s’agit pas de faire le procès de qui que ce soit, d’incriminer à sens unique la municipalité, ou de déplorer le manque d’implication locale. Les conditions d’existence n’étaient plus réunies. Nous avions espéré pouvoir présenter le fruit du travail des participants jeune public et adultes de cette ultime saison et organiser une belle fête de clôture mais cela ne sera hélas pas possible : un virus s’en est mêlé. La troupe amateure La Compagnie du lundi s’est constituée en association autonome et poursuit son activité à Villeneuve d’Ascq. Une assemblée générale à distance conclura très prochainement l’exercice en cours.

Que vive le spectacle vivant pour que nous le restions aussi !

L’aventure de la compagnie fut une belle aventure que je ne regrette pas et dont j’ai pu tirer de nombreux enseignements. Je remercie l’ensemble des personnes qui ont oeuvré avec moi de manière récurrente, qu’il s’agisse des membres du bureau, des bénévoles lors de nos manifestations publiques, des salariés et des prestataires, des artistes et des techniciens. Je remercie également, sans toutefois renier ce que j’ai écrit pus haut, la ville de Leers qui a mis à notre disposition des locaux pour répéter et présenter le fruit de nos investissements humains. Mais il faut savoir s’arrêter pour ne pas s’abîmer et rester une interlocutrice passionnée par son activité, souriante, curieuse et combative, toutes qualités indispensables dans le secteur du spectacle vivant, qui plus est en ces temps de fragmentation de la société. Je souhaite le meilleur à tous ceux qui restent passionnés par le spectacle vivant, qu’ils soient spectateurs ou comédiens, artistes ou techniciens, salariés ou bénévoles.